À l'approche du Mondial de l'Auto de Paris, organisé du 12 au 18 octobre 2026, la filière automobile française tire la sonnette d'alarme. En cause : un empilement de règles jugé de plus en plus difficile à absorber pour les constructeurs européens.


Dans un entretien accordé au Parisien, Luc Chatel, président de la Plateforme automobile (PFA), estime que les voitures neuves sont devenues trop complexes à cause de la réglementation, et que la réglementation prévue pour 2030 imposerait à elle seule une centaine de nouvelles normes.


<h3>Une centaine de normes d'ici 2030</h3>


La PFA a publié un livre blanc qui dresse un diagnostic de la réglementation automobile. Selon ce document, les règles prévues à l'horizon 2030 représenteraient environ cent nouvelles normes. Pour Luc Chatel, le poids de ces exigences se mesure jusque dans les bureaux d'études : environ un quart des ingénieurs de Renault et de Stellantis travailleraient sur ces sujets réglementaires, une situation qu'il juge délirante.


<h3>Des emplois et des usines menacés</h3>


Le président de la PFA avance des chiffres inquiétants : l'industrie française pourrait perdre 75 000 emplois d'ici 2035, en plus des 50 000 postes déjà supprimés au cours des cinq dernières années. Le marché européen, qui comptait environ 16 millions de voitures neuves par an avant le Covid, pourrait tomber à 13 millions, voire 9 millions d'ici 2035, soit l'équivalent d'une trentaine d'usines en moins en Europe.


<h3>La fin du thermique en ligne de mire</h3>


Parmi les causes pointées figure en premier lieu l'interdiction de la vente de voitures thermiques neuves en 2035. Selon Luc Chatel, cette réglementation a fait grimper les prix, éloigné les classes moyennes du marché du neuf et poussé les automobilistes à garder leur véhicule plus longtemps, si bien que les émissions de CO2 augmenteraient au lieu de baisser.


<h3>La concurrence chinoise et la question de la souveraineté</h3>


L'autre menace vient de Chine. Les véhicules chinois représentent aujourd'hui environ 10 % du marché, une part qui pourrait doubler d'ici trois à cinq ans selon le président de la PFA, qui dénonce une forme de naïveté européenne : il y a 25 ans, l'Europe a appris à la Chine à fabriquer des voitures. Il s'inquiète aussi d'une nouvelle dépendance, l'Europe misant sur l'électrique alors qu'environ 80 % des batteries sont fabriquées en Chine et qu'environ 90 % des terres rares nécessaires sont raffinées dans ce pays.


Pour Luc Chatel, c'est la survie de l'industrie automobile européenne qui est en jeu : sans décisions dans l'année à venir, il doute qu'elle existe encore dans dix ans. À six mois de l'élection présidentielle, la filière interpelle les candidats, alors qu'Emmanuel Macron est attendu au Mondial. Reste à savoir si ce cri d'alarme sera entendu à Paris comme à Bruxelles.