Des arbres qui poussent côte à côte peuvent réagir très différemment à une même maladie : tandis que l'un voit ses feuilles abîmées, l'autre reste en relativement bonne santé.


Des scientifiques qui étudient le hêtre américain ont trouvé des indices montrant que la génétique explique en partie cette différence, ce qui laisse espérer que des arbres naturellement résistants puissent aider à protéger les forêts contre une grave maladie végétale.


<h3>Une maladie qui menace les forêts</h3>


Le hêtre américain (Fagus grandifolia) est une essence importante de l'est de l'Amérique du Nord. Il façonne les écosystèmes forestiers, notamment les forêts de hêtres et d'érables, où ses faînes nourrissent la faune. L'espèce fait aujourd'hui face à la maladie des feuilles du hêtre, qui peut affaiblir les arbres et contribuer à leur dépérissement.


Identifiée pour la première fois dans l'Ohio en 2012, la maladie s'est depuis propagée, faisant craindre pour l'avenir des populations de hêtres. Près du foyer initial, dans le nord-est de l'Ohio, les chercheurs ont constaté d'importantes pertes, surtout parmi les jeunes arbres.


Une observation intrigante a ouvert une piste : tous les hêtres ne présentent pas des symptômes aussi graves, certains restant relativement sains alors que leurs voisins sont clairement malades. Les chercheurs ont voulu savoir si ces différences tenaient à l'environnement ou à un caractère hérité.


<h3>Des arbres sains, un indice précieux</h3>


Les scientifiques du Holden Arboretum, dans l'Ohio, disposaient d'une occasion rare : une plantation expérimentale créée en 2005 avec des hêtres américains sélectionnés pour leur résistance à une autre maladie, avant l'arrivée de la maladie des feuilles dans la région. Après l'apparition de celle-ci, certains arbres sont restés plus sains que leurs voisins ; comme ils poussaient dans des conditions comparables, ces différences suggéraient une influence génétique.


L'équipe, dirigée par David Burke, de Holden Forests & Gardens, a travaillé avec Mary Mason et Jennifer Koch, du Service des forêts du ministère américain de l'Agriculture (USDA). Leurs résultats, publiés en 2026 dans la revue Forest Pathology, montrent que les hêtres américains peuvent différer génétiquement dans leur réponse à la maladie. Tout arbre d'apparence saine n'est pas pour autant totalement résistant, mais c'est une piste prometteuse.


<h3>Tester le lien génétique</h3>


Pour étudier une éventuelle résistance héréditaire, les chercheurs ont créé de nouveaux plants à partir de rameaux prélevés sur des arbres aux symptômes légers ou plus graves. Greffés sur d'autres plants et cultivés en serre, ils ont pu être comparés dans des conditions mieux contrôlées.


Les arbres ont ensuite été exposés au nématode microscopique associé à la maladie, un petit organisme vermiforme capable de pénétrer dans les bourgeons en formation. Après une exposition identique des bourgeons, l'équipe a évalué les symptômes au printemps, en mesurant les bandes sombres de tissu abîmé caractéristiques entre les nervures des feuilles. Les résultats ont montré des différences notables entre types génétiques : certains présentaient moins de tissu atteint que d'autres dans les mêmes conditions, ce qui renforce l'idée que des caractères héréditaires influencent la réponse à la maladie.


<h3>Les enseignements d'autres espèces de hêtres</h3>


Les chercheurs ont aussi comparé le hêtre américain aux hêtres européen et japonais. Dans les conditions de l'expérience, le hêtre européen présentait des symptômes globalement similaires, tandis que le hêtre japonais montrait beaucoup moins de tissu atteint, signe d'une meilleure capacité à résister au nématode ou à le tolérer. Une différence d'autant plus intéressante que ce nématode est originaire du Japon : une longue coexistence entre une plante et un organisme pourrait être associée à des réponses différentes, même si l'expérience seule ne peut pas tout expliquer.


<h3>De la recherche à la reconquête des forêts</h3>


Le prochain défi consiste à déterminer si ces caractères prometteurs se transmettent des arbres parents à leur descendance. Les chercheurs prévoient de repérer et de tester davantage de hêtres présentant peu ou pas de symptômes dans des zones touchées depuis des années. D'autres expériences, sur plus d'arbres et répétées, permettront de vérifier la constance de cette résistance apparente, et une sélection contrôlée pourrait à terme produire des arbres plus résistants, y compris face à d'autres maladies du hêtre.


La découverte d'une variation génétique dans la réponse du hêtre américain ouvre une piste encourageante pour la préservation des forêts. Le succès d'un programme de sélection n'est pas garanti, mais identifier une résistance potentielle est une première étape essentielle. La poursuite des recherches pourrait aider à protéger une essence forestière importante, tout en éclairant le rôle de la diversité génétique dans la santé et la résilience des forêts.