L'industrie européenne du camion se prépare à un virage majeur vers des transports plus propres, mais la route vers les véhicules zéro émission se révèle plus difficile que prévu.
Le manque de bornes de recharge, la lenteur des raccordements électriques et le coût élevé de l'énergie compliquent l'utilisation à grande échelle des camions électriques par les entreprises.
<h3>Une transition difficile pour les constructeurs</h3>
Les poids lourds jouent un rôle important dans le transport de marchandises à travers l'Europe. Contrairement aux voitures, les camions parcourent souvent de longues distances, transportent de lourdes charges et suivent des plannings exigeants. Les remplacer demande donc plus que de proposer un nouveau type de véhicule. Les transporteurs doivent avoir la certitude de pouvoir recharger de manière fiable, maîtriser leurs coûts d'exploitation et assurer leurs livraisons à l'heure.
Les constructeurs européens ont lancé des modèles zéro émission adaptés à différents besoins de transport, mais les acheteurs restent peu nombreux. Selon les chiffres publiés par l'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA), les camions zéro émission ne représentaient que 2,4 % des immatriculations de poids lourds neufs en Europe au moment de sa déclaration de septembre 2026.
Les écarts entre pays sont également importants. En Pologne, en Espagne et en Italie, la part restait inférieure à 1 %. L'Allemagne atteignait 4,3 %, et la France 2,4 %. Ces chiffres montrent le chemin qu'il reste à parcourir avant que les camions zéro émission deviennent un choix courant pour les transporteurs.
<h3>L'accès à la recharge, un obstacle majeur</h3>
Un réseau de recharge fiable est indispensable pour rendre les camions électriques pratiques. Les poids lourds ont besoin d'installations adaptées le long des grands axes, mais aussi dans les dépôts, où ils peuvent recharger entre deux trajets ou pendant les pauses prévues.
Le réseau disponible reste limité. Selon l'ACEA, l'Europe comptait moins de 2 000 points de recharge publics adaptés aux camions. Son évaluation indiquait qu'il faudrait installer au moins 700 bornes compatibles supplémentaires chaque mois pour favoriser une adoption plus large. Le problème ne tient pas seulement au nombre de points de recharge : leur emplacement, leur puissance et leur disponibilité comptent aussi.
Une station qui ne peut pas accueillir un grand véhicule ou fournir assez de puissance dans un délai raisonnable risque de ne pas répondre aux besoins d'un transporteur très actif. Les raccordements au réseau électrique posent une autre difficulté. Même lorsque les entreprises sont prêtes à installer des bornes, raccorder un nouveau site au réseau peut prendre plusieurs années. Ce type de retard peut freiner les investissements et compliquer la planification de la transition.
<h3>Les coûts d'exploitation pèsent sur les décisions d'achat</h3>
Pour les transporteurs, le prix d'achat n'est qu'un élément de la décision. Ils prennent aussi en compte les dépenses d'énergie, l'entretien, l'autonomie, le temps de recharge et la quantité de travail qu'un camion peut effectuer pendant une journée normale. Les camions électriques peuvent présenter des avantages pour certaines activités, notamment lorsque les véhicules reviennent régulièrement au même dépôt. Mais les entreprises qui parcourent de longues distances ont besoin de solutions de recharge fiables et de coûts énergétiques prévisibles.
Sans cela, planifier les itinéraires et calculer le coût de chaque livraison devient plus compliqué. L'hydrogène est une autre option en cours de développement pour certains usages lourds, mais son réseau de ravitaillement en est lui aussi à ses débuts. Selon l'ACEA, moins d'une douzaine de stations à hydrogène étaient en service en Europe, et les installations existantes présentaient des limites pratiques.
<h3>Pourquoi les constructeurs veulent plus de temps</h3>
Les dirigeants de sept grands constructeurs européens de camions et de bus ont demandé que le calendrier de mise en conformité de 2030 soit repoussé de trois ans. Selon eux, les constructeurs ne peuvent pas mener seuls la transition tant que des éléments importants du réseau d'infrastructures restent insuffisamment développés.
Selon les objectifs actuels, les constructeurs doivent réduire les émissions de leurs poids lourds neufs de 43 % en 2030 par rapport aux niveaux de 2025. La réduction exigée passe à 64 % en 2035 et à 90 % en 2040. Les entreprises qui ne respectent pas ces exigences s'exposent à des pénalités financières, même si un système de crédits d'émissions offre une certaine souplesse pour la période 2025-2029.
Les constructeurs estiment qu'une période d'adaptation plus longue laisserait au marché le temps de se développer. Ils réclament aussi une installation plus rapide des bornes, des raccordements au réseau accélérés et des conditions d'exploitation qui rendent les camions zéro émission plus attractifs pour les clients. Cette demande met en lumière un défi plus large : la technologie des véhicules peut progresser plus vite que les infrastructures nécessaires pour la soutenir.
<h3>Tracer une voie plus réaliste</h3>
Une transition réussie exigera une coopération dans tout le secteur du transport. Les constructeurs peuvent continuer d'améliorer les performances de leurs véhicules, tandis que les opérateurs de recharge et les fournisseurs d'énergie développent les installations et renforcent les raccordements électriques. Les transporteurs ont aussi besoin d'informations claires sur l'autonomie, les besoins de recharge, les coûts énergétiques et les itinéraires adaptés. Un meilleur accès à ces informations peut aider les entreprises à déterminer quelles parties de leur flotte sont prêtes pour l'électrification.
Le passage de l'Europe aux camions zéro émission ne dépend pas seulement de la production de nouveaux véhicules. La demande de délai des constructeurs reflète l'écart entre le développement des véhicules et l'état de préparation de l'ensemble du système de transport. Combler cet écart sera essentiel pour faire des camions plus propres un choix réaliste pour davantage d'entreprises, tout en assurant un transport fiable des marchandises à travers l'Europe.