La transition de l'Europe vers la voiture électrique pourrait connaître un nouveau tournant politique : la France et l'Allemagne seraient parvenues à un accord pour assouplir les restrictions visant les voitures neuves à essence et diesel. Ce compromis donnerait aux constructeurs plus de souplesse au-delà de 2035 et pourrait modifier les plans de l'Union européenne pour réduire les émissions des transports.
Selon des informations publiées le 8 octobre 2026, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron s'apprêtent à présenter leur accord avant une réunion des dirigeants européens à Bruxelles le 15 octobre. S'ils sont approuvés, ces changements pourraient transformer l'industrie automobile et influencer le marché européen de l'électrique pour des années.
<h3>Sur quoi la France et l'Allemagne se sont-elles accordées ?</h3>
L'accord porterait sur un allègement des exigences d'émissions de l'UE pour les voitures particulières neuves. La législation actuelle impose aux constructeurs de réduire de 100 % les émissions moyennes de CO₂ à l'échappement des voitures neuves d'ici 2035, par rapport à 2021. La Commission européenne avait déjà proposé de ramener cet objectif à 90 %, ce qui permettrait de continuer à vendre certains véhicules thermiques sous conditions. La France et l'Allemagne demanderaient désormais un objectif de 80 %, sans obliger les constructeurs à compenser les émissions restantes.
Un tel changement laisserait nettement plus de place aux voitures essence, diesel et hybrides sur le marché européen après 2035. L'accord reste toutefois une proposition rapportée par la presse et n'a pas force de loi dans l'UE.
<h3>Pourquoi ce compromis ?</h3>
La France et l'Allemagne avaient jusqu'ici des positions opposées. Berlin voulait plus de souplesse pour les constructeurs, mais s'opposait aux propositions françaises imposant de privilégier les produits européens dans les achats soutenus par l'argent public. Paris défendait des exigences de production locale plus fortes tout en s'opposant à un nouvel assouplissement des objectifs d'émissions.
Le compromis répondrait aux deux priorités : l'Allemagne soutiendrait des règles « achetez européen » plus strictes dans les aides publiques et les marchés publics, et la France accepterait des exigences d'émissions plus souples pour les voitures neuves. De quoi mettre fin à des mois de désaccord entre deux des États membres les plus influents de l'UE.
<h3>Qu'advient-il de l'objectif 2035 ?</h3>
La proposition initiale de la Commission autorisait certains véhicules thermiques après 2035 si les constructeurs compensaient leurs émissions restantes, par exemple avec de l'acier bas carbone produit dans l'UE, des carburants de synthèse ou des biocarburants. La proposition franco-allemande irait plus loin en ramenant l'objectif à 80 % sans compensation, ce qui permettrait aux constructeurs de continuer à vendre une part plus importante de véhicules à moteur thermique.
Les deux pays demanderaient aussi de modifier l'objectif intermédiaire de 2030 : au lieu de trois ans, de 2030 à 2032, pour atteindre une réduction de 55 %, les constructeurs disposeraient de cinq ans. Selon les représentants du secteur, cette souplesse pourrait leur éviter de lourdes pénalités financières.
<h3>Pourquoi l'Allemagne pousse au changement</h3>
L'industrie automobile est au cœur de l'économie allemande, avec de grands constructeurs comme Volkswagen, BMW et Mercedes-Benz. Mais les constructeurs européens font face à une concurrence croissante des fabricants chinois de voitures électriques, aux droits de douane américains et à l'évolution de la demande.
Les responsables allemands estiment que les constructeurs ont besoin de plus de temps pour adapter leurs stratégies de production et rester compétitifs. Plus de souplesse leur permettrait de continuer à développer les technologies hybrides et thermiques tout en élargissant leurs gammes électriques.
<h3>Qu'est-ce que cela change pour l'électrique ?</h3>
Des organisations environnementales craignent que des exigences assouplies ralentissent la transition européenne vers la mobilité électrique. Transport & Environment avait estimé que la proposition de 90 % de la Commission pourrait ramener la part des voitures 100 % électriques dans les ventes de voitures neuves en 2035 à environ 85 %.
L'ONG prévoyait aussi des émissions cumulées des voitures entre 2025 et 2050 supérieures d'environ 10 % à celles prévues par la réglementation actuelle. Un objectif abaissé à 80 % pourrait compliquer davantage les ambitions climatiques européennes, même si son effet précis dépendra du texte final.
<h3>Et maintenant ?</h3>
Le soutien de la France pourrait être décisif : elle s'était jusqu'ici jointe à six autres pays pour s'opposer à tout nouvel assouplissement des objectifs d'émissions. Son changement de position pourrait aider à réunir la majorité nécessaire parmi les États membres.
Toute révision devra cependant passer par les procédures législatives de l'UE. Le débat reflète l'équilibre délicat entre compétitivité industrielle, emploi dans l'automobile et objectif européen de neutralité climatique d'ici 2050. Pour les constructeurs comme pour les consommateurs, l'issue pourrait déterminer la vitesse à laquelle l'électrique s'imposera sur le marché européen des voitures neuves.