Depuis plusieurs semaines, les taux auxquels l'État français emprunte sur les marchés ne cessent de grimper. Mardi 20 octobre au soir, le taux à dix ans atteignait 4,93 %. Une évolution qui ne concerne pas seulement les comptes publics.
Selon plusieurs économistes interrogés par l'AFP et repris par MoneyVox, cette hausse devrait rapidement se diffuser à l'ensemble de l'économie, avec des conséquences directes sur les conditions de crédit des ménages et des entreprises.
<h3>Une contagion attendue au secteur privé</h3>
Le ministre des Comptes publics, David Amiel, a lui-même souligné mi-octobre que l'effet de cette hausse se ferait sentir dans le quotidien des Français. Pour Paul Chollet, chef économiste de Crédit Mutuel Arkéa, la crainte est que la quasi-totalité de la hausse des taux souverains se retrouve dans les conditions de financement des acteurs privés. Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, s'attend à voir les premiers effets sur les taux du secteur privé d'ici trois à six mois.
Les banques sont directement concernées. Grandes détentrices de dette française, elles voient la valeur de ces obligations baisser lorsque les taux montent, ce qui leur inflige des pertes. Selon Éric Dor, directeur des études économiques à l'Ieseg, elles sont assez solides pour absorber le choc, mais toute perte de rentabilité pourrait les pousser à relever les taux de leurs crédits.
<h3>Immobilier : l'accès à la propriété se complique</h3>
Les taux des crédits immobiliers sont calculés à partir de taux de référence liés aux taux longs de l'État. Ils évoluent actuellement entre 3,2 % et 3,5 %, avec une moyenne de 3,32 % en août. Maxime Darmet prévoit qu'ils dépassent 4 % d'ici le premier trimestre 2027, ce qui compromettrait la reprise attendue du marché immobilier.
Pour Loïc Cantin, président de la Fnaim, une telle hausse réduirait la capacité d'emprunt des ménages, déjà fragilisée par des salaires qui progressent peu et des dépenses contraintes en hausse. Les ménages modestes, puis une partie de la classe moyenne, risquent d'être progressivement exclus de l'accession à la propriété, au détriment aussi de la construction neuve, en crise depuis quatre ans.
<h3>Crédit conso et entreprises également touchés</h3>
Les taux du crédit à la consommation, aujourd'hui autour de 6 %, pourraient atteindre 7 à 7,5 % d'ici la fin du premier trimestre 2027, selon Maxime Darmet. Financer l'achat d'une voiture, d'équipements ou de travaux de rénovation deviendrait alors plus difficile.
Pour les entreprises, le mécanisme est le même : les taux des prêts bancaires vont augmenter. Les grands groupes qui empruntent directement sur les marchés verront leur coût de financement suivre celui des obligations de l'État, auquel s'ajoute une prime de risque liée à leur solidité financière.
<h3>Investissement et faillites sous surveillance</h3>
Pour Éric Dor, ces conditions plus strictes devraient peser sur l'investissement. Maxime Darmet estime de son côté que la dégradation du crédit contribuera à maintenir un niveau de faillites d'entreprises très élevé. Pour les ménages comme pour les entreprises, les prochains mois diront jusqu'où la hausse des taux de l'État se répercutera dans leurs projets.