Une grande collection d'art a besoin de bien plus que des salles d'exposition pour rester en bon état. Derrière chaque exposition, des spécialistes conservent, examinent et restaurent soigneusement les œuvres pour que les générations futures puissent en profiter.


À Massy, au sud de Paris, le Centre Pompidou prépare un nouvel équipement qui réunit ces activités souvent invisibles, des expositions ouvertes au public, des ateliers créatifs et des occasions de découvrir l'art moderne.


<h3>Un nouveau lieu pour une collection majeure</h3>


Baptisé Centre Pompidou Francilien – fabrique de l’art, le nouveau complexe s'étend sur environ 30 000 mètres carrés. Sa mission principale est d'offrir un lieu dédié à la conservation et à l'entretien de la collection du Centre Pompidou, qui compte quelque 150 000 œuvres modernes et contemporaines.


La collection était jusqu'ici répartie entre huit lieux de stockage loués. Regrouper ces œuvres dans un bâtiment conçu sur mesure permettra aux équipes d'organiser la collection plus efficacement et de mener les travaux de conservation dans un environnement commun.


Ce nouveau centre est d'autant plus important que le bâtiment principal du Centre Pompidou, au cœur de Paris, fait l'objet d'une vaste rénovation et devrait rester fermé jusqu'en 2030. Le site de Massy permettra de bien entretenir la collection pendant cette période tout en offrant à l'institution un autre moyen d'aller à la rencontre du public. Son ouverture complète est prévue au printemps 2027.


<h3>Conçu pour protéger et préserver</h3>


Même si le centre comprend des espaces publics, la majeure partie de sa surface est réservée au travail des spécialistes. Environ 13 000 mètres carrés sont consacrés aux réserves et quelque 4 000 mètres carrés aux ateliers de conservation et de restauration. L'accès du public est limité à certains espaces, dont les salles d'exposition.


Le bâtiment compte 20 grandes réserves adaptées à différents types d'œuvres. Les grandes sculptures et installations peuvent être conservées au rez-de-chaussée, les pièces plus légères dans les étages. Avant d'être placés dans leurs nouvelles réserves, les objets seront examinés et traités si nécessaire, ce qui peut inclure une restauration ou une décontamination. Le transfert prévu représente 645 trajets de camion sur environ deux ans, ce qui donne une idée de l'ampleur de l'opération.


<h3>Une architecture à double vocation</h3>


L'architecte Philippe Chiambaretta et son agence parisienne, PCA-STREAM, ont conçu le bâtiment pour concilier exigences pratiques et accueil du public. Sa façade avant, habillée de douglas, fait face à un lac et à un parc. Les visiteurs entrent de ce côté pour rejoindre les espaces d'exposition et une terrasse sur le toit appelée le Belvédère. Un escalator extérieur fait écho au célèbre escalator extérieur du Centre Pompidou historique à Paris.


Le côté opposé présente un aspect plus massif et protecteur, avec deux couches de béton autour des espaces de manipulation et de stockage des œuvres. Cette organisation reflète les deux grandes fonctions du bâtiment : offrir un environnement sûr pour des objets précieux et proposer un lieu culturel accessible.


<h3>Des expositions qui racontent la vie des œuvres</h3>


Le centre se veut bien plus qu'un lieu de stockage. Sa programmation publique comprendra deux expositions par an, ainsi que des ateliers, des conférences et d'autres activités culturelles. L'exposition inaugurale, intitulée 150 000 !, est prévue pour mars 2027. Elle retracera l'évolution de la collection, de l'entrée des œuvres dans l'institution aux défis de leur conservation.


Pendant la programmation de préfiguration, une sélection d'œuvres et d'installations donne déjà un aperçu de l'orientation artistique du centre. On y trouve une installation textuelle d'Elsa Werth, une vidéo de Hicham Berrada et un film de Xavier Veilhan. La programmation associe arts visuels et activités invitant les visiteurs à réfléchir aux liens entre créativité et cadre de vie quotidien.


<h3>Renforcer les liens avec le territoire</h3>


Le projet vise aussi à tisser des liens plus étroits avec Massy et les communes voisines. L'institution prévoit d'accueillir des groupes scolaires et de proposer aux habitants des activités accessibles autour de l'art. Sa collaboration avec le campus voisin de Paris-Saclay pourrait aussi nourrir les échanges entre artistes et chercheurs, notamment sur les conditions environnementales qui influent sur la conservation des œuvres.


Le projet a coûté environ 105 millions d'euros, financés par les collectivités régionales et locales, avec le soutien de l'État et du Centre Pompidou. Cet investissement soutient à la fois le travail technique nécessaire à l'entretien de la collection et la création d'un nouveau lieu culturel ouvert au public.


Le Centre Pompidou Francilien offre un regard différent sur ce que peut être une institution d'art moderne. Alors qu'il se prépare à ouvrir entièrement ses portes en 2027, il entend montrer que préserver l'art et le partager avec le public relèvent d'une même mission.