Les constructeurs automobiles chinois accélèrent leur expansion en Europe, alors que l'Union européenne envisage de nouvelles exigences pour les véhicules et composants produits localement. Ils implantent des usines, négocient avec des fournisseurs et explorent des partenariats pour renforcer leur position avant l'entrée en vigueur des règles envisagées.


Les mesures « Made in Europe » prévues par l'UE visent à soutenir la production locale et à encourager l'usage de composants européens. Mais les constructeurs chinois adaptent déjà leurs activités, ce qui pose la question de l'efficacité de ces règles pour protéger les producteurs européens établis.


<h3>Pourquoi l'Europe veut produire localement</h3>


Les exigences envisagées font partie de l'Industrial Accelerator Act, qui vise à renforcer la capacité industrielle européenne et à encourager l'investissement, face à la concurrence croissante des constructeurs chinois, notamment sur le marché électrique. Les marques chinoises se sont développées à l'international, poussées par une concurrence féroce et un ralentissement des ventes dans leur pays. L'Europe offre de belles perspectives, mais les constructeurs pourraient de plus en plus avoir besoin d'usines et de fournisseurs locaux pour rester compétitifs dans ce nouveau cadre. Le directeur général de Volkswagen, Oliver Blume, s'est dit favorable au renforcement de la production européenne, reflet des inquiétudes sur la compétitivité à long terme du secteur.


<h3>Les constructeurs chinois accélèrent</h3>


Plusieurs constructeurs chinois développent des sites de production en Europe sans attendre la réglementation définitive. Changan Automobile vise 180 000 véhicules par an en Europe d'ici 2028, puis 350 000 d'ici 2030, et son président Zhao Fei espère voir sortir le premier véhicule construit en Europe vers mi-2027 ; le groupe discute aussi de partenariats avec des constructeurs et équipementiers européens. Xpeng, Chery et GAC suivent des stratégies similaires : Xpeng produit déjà des voitures électriques en Autriche avec son partenaire industriel Magna et envisage des capacités supplémentaires. Ces investissements pourraient réduire la dépendance des marques chinoises aux importations tout en renforçant leur accès aux clients européens.


<h3>Désaccords sur les chaînes d'approvisionnement</h3>


Une question importante porte sur les pays qui pourraient être pris en compte dans les règles de contenu local. L'approche actuelle pourrait exclure de grands partenaires industriels hors UE, comme la Turquie, le Royaume-Uni et le Maroc, dont les chaînes d'approvisionnement automobiles sont étroitement liées aux usines européennes. Selon l'association des exportateurs de l'industrie automobile turque, le secteur automobile du pays soutient environ 250 000 emplois dans l'UE, et plus de la moitié de la valeur des composants des Transit électriques de Ford fabriqués en Turquie provient de fournisseurs européens, dont des batteries produites en Hongrie et en Pologne. Les constructeurs préviennent qu'exclure ces partenaires pourrait perturber les réseaux de production et alourdir les coûts.


<h3>Comment les marques chinoises s'adaptent</h3>


Les constructeurs chinois ont déjà montré leur capacité à s'adapter vite : après les droits de douane supplémentaires imposés par l'UE sur les voitures électriques chinoises en octobre 2024, plusieurs ont misé davantage sur les hybrides rechargeables, non concernés par ces droits. Produire en Europe est une autre façon de s'adapter. Selon l'analyste automobile Felipe Munoz, les exigences envisagées pourraient compliquer l'expansion chinoise sans l'empêcher. Chery explore de son côté la conception, l'ingénierie et la production locales, en partenariat avec des fournisseurs européens.


<h3>Qu'est-ce qui pourrait changer sur le marché européen ?</h3>


Les exigences définitives sont encore en discussion, ce qui crée de l'incertitude pour les constructeurs et les fournisseurs. Les entreprises européennes espèrent que des règles plus strictes soutiendront l'investissement et l'emploi, tandis que leurs concurrents chinois se positionnent pour fonctionner dans ce nouveau cadre. Pour les consommateurs, davantage de production européenne pourrait à terme influencer l'offre, les prix et le choix des modèles.


L'issue dépendra de la réglementation finale et de la capacité des constructeurs à établir des activités locales fiables. Le paysage automobile européen change déjà, à mesure que des marques internationales s'intègrent aux réseaux de production régionaux.