Les immatriculations françaises ont de nouveau reculé en février. Mais comment le marché va-t-il s’adapter aux nouvelles réglementations susceptibles de bouleverser la majorité des motorisations ? Phil Curry, rédacteur en chef des contenus spéciaux chez Autovista24, analyse la situation.
Le marché français des voitures neuves a poursuivi son mauvais début d’année en février. Les évolutions réglementaires risquent d’entraîner des difficultés supplémentaires dans les mois à venir.
Selon les données de la PFA, les immatriculations de voitures particulières neuves ont baissé de 0,7 % le mois dernier. Au total, 141 568 véhicules ont été livrés aux clients, soit une différence de 1 030 unités sur un an, d’après les calculs d’Autovista24.
C’est la neuvième fois en dix mois que le marché français enregistre un recul. Seule une amélioration de 1,5 % en décembre 2024 fait exception durant cette période. Des temps plus difficiles pourraient encore s’annoncer, avec la réduction des aides à l’achat de véhicules électriques à batterie (VEB) et le durcissement du malus CO2.
<h3>Cadre réglementaire</h3>
En février 2024, le lancement du leasing social avait permis de soutenir les chiffres du mois. Par conséquent, février 2025 se comparait à une base de référence plus exigeante.
Le mois a également compté un jour ouvrable de moins que l’année précédente. Toutefois, les changements réglementaires ont aussi joué un rôle et pourraient continuer à perturber le marché.
Depuis le 15 février, les VEB commandés avant le 2 décembre 2024 mais immatriculés après le 14 février ne sont plus éligibles aux anciennes aides. Le montant maximal accordé pour l’achat d’un VEB neuf est passé de 7 000 € à 4 000 € pour les foyers dont le revenu fiscal de référence n’excède pas 16 300 €.
Pour les ménages dont le revenu imposable se situe entre 16 300 € et 26 200 €, l’aide est désormais fixée à 3 000 €. Au-delà de ce seuil, la prime a été ramenée à 2 000 €. Auparavant, les foyers disposant d’un revenu supérieur à 15 400 € pouvaient bénéficier de 4 000 € d’aide.
Ces ajustements pourraient dissuader certains acheteurs d’opter pour un VEB neuf. Certains modèles paraîtront onéreux face à leurs équivalents essence ou diesel.
Par ailleurs, depuis le 1ᵉʳ mars, le seuil d’émissions de CO2 déclenchant un malus de 50 € a été abaissé à 113 g/km. Une pénalité supplémentaire de 25 € s’applique par gramme supplémentaire jusqu’à 150 € ou 117 g/km. Puis 20 € supplémentaires par gramme sont ajoutés jusqu’à 124 g/km. Au-delà, les tranches augmentent progressivement pour atteindre un malus maximal de 70 000 € pour les véhicules émettant plus de 192 g/km de CO2.
Bien que cette taxe ne s’applique qu’à la date d’immatriculation, elle pourrait détourner les acheteurs des véhicules les plus polluants, affectant ainsi les ventes de moteurs thermiques. Face à la baisse des aides et à la hausse des taxes, particuliers et entreprises pourraient donc se tourner massivement vers l’hybride.
<h3>Réaction du marché face aux nouvelles règles</h3>
« Nous avons clairement observé deux séquences au cours du mois : une vague d’immatriculations de voitures électriques jusqu’au 14 février, suivie d’une chute dès le lendemain », explique Marie-Laure Nivot, responsable de l’analyse du marché automobile chez AAA Data.
« La demande reste donc largement guidée par les aides à l’achat. Les modifications des bonus et malus rendent le marché difficilement lisible, car ces immatriculations anticipées risquent de peser sur la dynamique du mois de mars. Parallèlement, la part des motorisations électriques doit continuer de progresser afin d’atteindre les objectifs de réduction des émissions de CO2 », précise-t-elle.
Outre la réduction des subventions et le renforcement du malus CO2, une taxe basée sur le poids du véhicule est également en vigueur. Celle-ci pourrait impacter les immatriculations d’hybrides rechargeables (PHEV), généralement plus lourdes. Les automobilistes pourraient ainsi subir des pénalités plus élevées lors de l’immatriculation, ce qui les inciterait à privilégier des modèles hybrides plus légers. Les VEB restent toutefois exonérés de cette taxe jusqu’en 2026.
<h3>Nouveau recul des immatriculations de VEB</h3>
Le marché français des VEB a reculé de 2,1 % en février. Cette technologie a enregistré 25 335 immatriculations, soit 538 unités de moins sur un an. Sa part de marché a donc légèrement diminué, représentant 17,9 % des livraisons totales le mois dernier, contre 18,1 % en février 2024.
Avec le lancement du leasing social en février 2024, la comparaison avec l’année précédente était défavorable pour le tout électrique. Conjuguée aux changements réglementaires, une baisse était prévisible.
Néanmoins, un pic d’immatriculations a été constaté jusqu’au 14 février, avant l’entrée en vigueur des nouvelles aides. Selon AAA Data, les volumes avaient bondi de 59 %, avec une part de marché atteignant 25 % sur cette période.
AAA Data note par ailleurs une électrification significative du marché des flottes. La demande de VEB y a progressé de 41 %, pour une part de marché de 20 %. En revanche, le segment des particuliers, qui représente 51 % des livraisons, a chuté de 29 % sur un an. Ce recul s’explique probablement par le lancement du leasing social, réservé aux seuls particuliers en février 2024.
Sur les deux premiers mois de 2025, les immatriculations de VEB ont reculé de 1,4 %, soit une perte de 632 unités. Avec 45 258 unités vendues, cette technologie conserve une part de marché de 17,7 %, en hausse de 0,4 point de pourcentage (pp).
<h3>L’hybride soutient le marché</h3>
Depuis plusieurs mois, le marché français dépend fortement des hybrides pour limiter la baisse globale. Si les motorisations VEB et PHEV n’ont connu que des hausses ponctuelles au cours des douze derniers mois, les hybrides complets (HEV) et les hybrides légers (MHEV) affichent une progression régulière.
Cette tendance s’est confirmée en février 2025. Les HEV et MHEV sont les seules motorisations majeures à avoir enregistré une croissance. Compte tenu des évolutions réglementaires, cette dynamique devrait perdurer.
Les MHEV ont affiché la plus forte progression le mois dernier. Avec 31 573 livraisons, ils ont bondi de 81,3 % sur un an, soit 14 163 unités supplémentaires.
Leur part de marché a ainsi gagné 10,1 pp pour atteindre 22,3 %, faisant des MHEV la deuxième motorisation la plus vendue en février. Ils ne se situent plus qu’à 2,5 pp de l’essence, contre un écart de 21,5 pp il y a un an.
Parallèlement, les livraisons de HEV ont augmenté de 28,4 % en février, selon les calculs d’Autovista24. Avec 30 571 unités immatriculées, soit 6 754 de plus qu’en 2024, cette motorisation atteint 21,6 % de parts de marché, en hausse de 4,9 pp.
Sur les deux premiers mois de 2025, les HEV ont vu leurs immatriculations progresser de 28,5 %, avec 57 671 livraisons (+12 791 unités). Leur part de marché s’établit à 22,5 %, contre 16,9 % sur la même période en 2024.
Les MHEV ont quant à eux bondi de 85,4 %, avec 55 920 immatriculations (+25 763 unités), portant leur part de marché à 21,8 %, soit une hausse de 10,4 pp.
<h3>Chute libre des hybrides rechargeables</h3>
Les PHEV ont de nouveau souffert en février, affichant la pire performance du mois parmi toutes les motorisations. Cette technologie a reculé de 45 %, avec seulement 6 451 immatriculations, soit une baisse de 5 281 unités par rapport à février 2024, selon Autovista24.
« Faute d’avantages fiscaux pour les entreprises à l’achat d’un PHEV, les volumes peinent à décoller cette année », constate Ludovic Percier, analyste senior en valeurs résiduelles chez Autovista Group.
« Le bonus pour les PHEV, incluant une déduction fiscale pour les entreprises, a été supprimé. De plus, les nouveaux modèles offrant des autonomies accrues arrivent sur le marché à des tarifs plus élevés. Les entreprises se tournent donc vers l’hybride classique, ce qui stimule les immatriculations dans ce segment. »
« Enfin, l’élargissement de l’offre de HEV par les constructeurs multiplie les choix disponibles pour les particuliers comme pour les professionnels autour de cette motorisation », conclut Ludovic Percier.
Les changements politiques ont manifestement impacté le marché des PHEV. Leur part de marché en février est tombée à 4,6 %, le niveau le plus bas parmi les principales technologies, contre 8,2 % à la même période l’an dernier.
En cumulant janvier et février, le constat est sans appel : avec 11 303 livraisons, le marché des PHEV a chuté de 49,3 %, soit 10 978 véhicules de moins. Après avoir représenté 8,4 % du marché sur les deux premiers mois de 2024, cette motorisation ne pèse plus que 4,4 %.
<h3>Difficultés pour les véhicules branchés</h3>
La crise des PHEV pèse sur l’ensemble des véhicules électrifiés (VE) en France. Malgré le léger recul des VEB en février, le marché des véhicules branchés a baissé de 15,5 %. Avec 22,5 % de parts de marché, il perd 3,9 pp sur un an.
Depuis le début de l’année, les VE reculent de 17 % en France, avec une part de marché ramenée de 25,7 % à 22,1 %.
En intégrant les HEV, le secteur électrifié n’a progressé que de 1,5 % en février, malgré la bonne tenue des hybrides. Cette croissance permet toutefois au marché électrifié de gagner 935 livraisons par rapport au déficit de 5 819 unités enregistré précédemment. Le secteur capte ainsi 44 % du marché, en hausse de 0,9 pp sur un an.
Sur les deux premiers mois de 2025, les immatriculations de véhicules électrifiés ont progressé de 1 %, soit 1 181 unités supplémentaires, pour une part de marché de 44,6 % (+1,9 pp).
<h3>Poursuite du repli des moteurs thermiques</h3>
Les immatriculations de véhicules essence en France sont en baisse depuis un an. La dernière hausse remonte à février 2024. Alors que les constructeurs privilégient désormais les offres MHEV et HEV au détriment des modèles purement essence, ce déclin devrait se poursuivre.
Le mois dernier, 35 110 véhicules essence ont été immatriculés, soit une chute de 27 % sur un an. Cette motorisation est passée de 33,7 % de parts de marché en février 2024 à 24,8 % le mois dernier. Sur les deux premiers mois de l’année, l’essence recule de 27,5 % avec 65 084 livraisons, et sa part de marché perd 8,5 pp pour s’établir à 25,4 %.
Alors que les constructeurs réduisent progressivement leur offre diesel, cette technologie continue de souffrir. Elle a néanmoins légèrement mieux résisté que les PHEV en février. Avec 6 707 unités livrées, le diesel a reculé de 34,4 %, terminant le mois avec 4,7 % de parts de marché, contre 7,2 % un an plus tôt.
Depuis le début de l’année, les livraisons de diesel ont chuté de 41,2 % à 11 663 unités. Sa part de marché s’établit à 4,6 %, contre 7,5 % sur la même période en 2024.
Au global, les immatriculations de moteurs thermiques ont reculé de 28,3 % en février, ne représentant plus que 29,5 % du marché, bien loin des 40,9 % enregistrés un an auparavant. Sur janvier et février cumulés, cette technologie affiche une baisse de 30 %, pour une part de marché de 30 %.