Un soir tard dans le Montana, Rikki Held, alors âgée de 16 ans, était assise à la table de sa cuisine en train de rédiger une plainte. Le ranch familial avait subi inondations et sécheresses à répétition, et elle était convaincue que les politiques énergétiques de l’État avaient aggravé la situation.
En 2023, elle et 15 autres jeunes ont remporté une affaire historique — Held contre le Montana — marquant la première fois qu’un tribunal américain reconnaissait qu’un gouvernement avait violé les droits constitutionnels des jeunes en promouvant les énergies fossiles. Cette victoire n’était pas seulement personnelle. Elle a envoyé un message à travers le monde : agir en justice pour le climat n’est plus une utopie.
<h3>Pourquoi les procès climatiques prennent-ils de l’ampleur ?</h3>
Pendant des années, on a parlé d’environnement en termes de politiques, de campagnes de sensibilisation ou d’accords internationaux. Mais ces démarches avancent souvent trop lentement. Les personnes touchées par les feux de forêt, les inondations ou la montée des eaux n’attendent plus. Elles réclament une responsabilité directe.
C’est pourquoi de plus en plus d’individus et de communautés saisissent la justice. Leur message est clair : « Si une entreprise peut être tenue responsable pour un produit dangereux, pourquoi pas pour ses émissions de carbone ? »
Et les tribunaux écoutent, de plus en plus.
<h3>Peut-on vraiment attaquer les géants du pétrole ?</h3>
Oui — et cela arrive déjà. Mais soyons honnêtes : ce n’est pas facile.
Un des principaux obstacles juridiques est la preuve de causalité : établir que les émissions d’une entreprise précise ont directement causé un dommage climatique spécifique. Pourtant, de nouvelles méthodes scientifiques, appelées attribution climatique, rendent cela possible. Par exemple, les chercheurs peuvent désormais calculer dans quelle mesure une canicule ou une inondation a été rendue plus probable par les émissions humaines.
Quelques affaires marquantes montrent que c’est possible :
<b>• Milieudefensie c. Shell (Pays-Bas) :</b> En 2021, un tribunal néerlandais a ordonné à Shell de réduire ses émissions mondiales de CO₂ de 45 % d’ici 2030. C’était la première fois qu’une entreprise se voyait imposer légalement de se conformer à l’Accord de Paris.
<b>• Lliuya c. RWE (Allemagne) :</b> Un fermier péruvien attaque une entreprise allemande pour la fonte d’un glacier menaçant sa ville natale. L’affaire a franchi une étape juridique majeure et se dirige vers le procès.
<b>• Juliana c. États-Unis :</b> Une affaire menée par des jeunes contre le gouvernement américain pour sa politique favorable aux énergies fossiles. Elle dure depuis des années, mais a profondément influencé le débat public, même sans verdict final.
Ces victoires ne sont pas faciles — mais elles repoussent les limites de ce que la justice peut accomplir.
<h3>Quel est l’objectif de ces procès ?</h3>
Les objectifs varient. Certains demandeurs cherchent des compensations pour les dommages subis. D’autres veulent des injonctions pour forcer la réduction des émissions. D’autres encore visent quelque chose de plus large : établir un précédent selon lequel les entreprises fossiles peuvent être tenues responsables des dégâts climatiques.
La chercheuse en droit Dr. Joana Setzer, de l’Institut de recherche Grantham, explique :
« Le contentieux climatique est une forme de pression. Même si les plaignants ne gagnent pas, ces affaires sensibilisent, changent l’opinion publique et poussent les entreprises à modifier leurs pratiques. »
Il ne s’agit donc pas seulement d’argent — mais d’influence.
<h3>Les obstacles des procès climatiques</h3>
<b>1. Complexité juridique :</b> Le climat est un système global, et il est difficile d’attribuer la faute à une seule entreprise.
<b>2. Puissance des défenseurs :</b> Les grandes entreprises disposent de moyens juridiques colossaux et d’équipes d’avocats d’élite.
<b>3. Problèmes de compétence :</b> Les plus gros pollueurs sont souvent multinationaux. Où et comment les poursuivre ?
Malgré tout, l’élan s’accélère. Selon le rapport 2023 du Programme des Nations Unies pour l’environnement, plus de 2 500 affaires liées au climat ont déjà été déposées dans le monde.
<h3>Pourquoi cela nous concerne-t-il ?</h3>
Ces procès ne sont pas symboliques. Ce sont des leviers concrets de changement.
• Des municipalités américaines attaquent des compagnies pétrolières pour se faire rembourser les coûts liés aux inondations.
• Des îles du Pacifique envisagent des actions en justice devant des tribunaux internationaux pour les déplacements climatiques.
• Des citoyens découvrent que les systèmes juridiques — même lents — peuvent servir à exiger la responsabilité des entreprises.
Pour nous, cela signifie une chose : nous ne sommes pas impuissants. Si les entreprises continuent de polluer en connaissant les risques, elles peuvent être déférées devant la justice.
<h3>Que faire (sans attaquer en justice) ?</h3>
Tu n’as pas besoin d’être avocat pour agir. Tu peux :
• Soutenir des organisations qui aident les citoyens à porter plainte (comme EarthRights International ou ClientEarth)
• T’informer et voter pour des dirigeants qui défendent la responsabilité environnementale
• Faire entendre ta voix — l’attention médiatique amplifie l’impact de ces affaires
<h3>Participerais-tu à un procès climatique ?</h3>
Imagine : ton quartier est de nouveau inondé, les primes d’assurance explosent, et on te dit qu’il n’y a rien à faire. Pense-tu à agir en justice contre les entreprises dont les émissions ont contribué à tes pertes ?
De plus en plus de personnes répondent oui. Et lentement, elles changent la perception mondiale de la responsabilité climatique — non plus seulement comme un enjeu écologique, mais comme une affaire de justice.
Et toi ? Te lèverais-tu devant un tribunal pour la planète ?